WINE IN PARIS

Pour tous les amoureux du vin qui sont sans cesse à la recherche de bonnes adresses pour remplir leur verre et partager leur passion

16 octobre 2011

Une peur noire du noir

Année 1991, une froide nuit d’hiver à la campagne. On entend simplement le méthodique et régulier tintement des aiguilles de la grande horloge du salon. Les parents sont partis… Et, seuls, nous nous livrons à un cache-cache vespéral, qui déjà maintient sous tension nos esprits enfantins.

Je suis le chat. J’ai la trouille. Je n’aime pas être le chat. Je crois entendre du bruit là, en bas, dans la cave. Tapie contre le mur, dans cette obscurité dense et écrasante, je descends une à une les grandes marches glissantes et aiguisées. Plus, je me rapproche de cette sombre humidité, plus l’allure des battements de mon cœur s’accélère. Puis, un cri ! Quelque chose ou bien quelqu’un fond sur moi en un quart de seconde et mon sang ne fait qu’un tour ! Je suis figée. Terrorisée à vie par une mauvaise blague d’un cousin taquin.

A cette instant précis, je n’ai qu’une certitude : il n’est pas encore né celui qui me fera descendre de nouveau au fond d’une cave. Et pourtant ! Il y en a qui ont essayé... Adrien le premier, affirmant détenir une incroyable collection de timbres sous scellés (centres d’intérêt divergents manifestement). Jacques ensuite, prétextant avoir découvert un souterrain historique (envie évidente de  s’essayer à l’art du pelotage nocture…). François, qui avait avoué, la tête sur l’oreiller avoir caché un corps encore chaud dans un coffre en bois (Psychopathe avéré… surtout, fuir !)

escalier sombre

Bref, les caves avaient été rayées de ma sphère, bannies de mon monde jusqu’à ce fameux jour de septembre…

Il faut dire qu’il y a des caves qui dégagent une tout autre aura, des caves si chargées d’émotions, que malgré la fraicheur ambiante, le rouge vous monte aux joues. Alors oui, ce jour-là, j’ai réussi à surmonter cette peur noire du noir.

Tout a commencé par une invitation. Cette fois-ci, on ne me promettait pas un cadavre décrépi ni un souterrain de la 1ère guerre mondiale… mais bien un véritable trésor de rareté. C’est ainsi que, vaillante et décidée, j’ai fait mes premiers pas dans la cave du George V.

Après avoir traversé un dédale de couloirs, frôlé de prêt les amuse-bouches concoctés par Eric Briffard et d’ailleurs, avoir frôlé Eric Briffard lui même - « Bonjour Chef » murmure-t-elle des étoiles dans les yeux –, nous arrivons enfin.

C’est féerique. Des milliers de bouteilles fières et muettes, vous font face avec grâce. Est-ce ce mur de Pétrus, ces caisses de Salon ou encore ses étagères de Chevalier-Montrachet ? Je crois que je ne sais plus vraiment où j’habite ! Heureusement, les deux fous du vins qui m’accompagnent, figures de réalité, me rappellent que nous ne sommes pas dans un rêve.

C’est alors que celui qui a façonné cet endroit entre scène. Eric Beaumard, jovial et souriant, nous accueille sur ses terres. Il nous raconte sa cave, ses vins, ses anecdotes et nous, comme des enfants, nous écoutons avec un petit sourire niais collé sur le visage. Chacun sa star me direz-vous ! Il y en a bien qui font la queue pour apercevoir Madonna devant son hôtel, nous, c’est ce sommelier hors du commun qui nous subjugue.

Le cordon des bulles d’un Champagne que je ne connaissais pas se tortille dans mon verre, comme s’il était aussi émoustillé que moi. J’en avale une gorgée pour palper de nouveau la réalité. Finalement, je m’aperçois que j’ai bien plus peur de sortir une énorme ânerie, que ma langue ne fourche ou d’avoir un bout da salade coincé entre les dents, que de cette obscurité qui m’enrobe.

J’essaye de vivre cet instant à 1000% et concentrée, j’écoute cet apatride du vin qui n’appartient à aucun vignoble. Je comprends qu’en fin de compte, sa patrie à lui, c’est sa cave. Soudain, je n’ai plus peur du noir. Tout s'éclaire! Moi aussi je suis une apatride du vin, je n'ai pas de passé, pas d'attaches... Il ne me reste qu’à construire ma patrie à moi, une cave qui sera à mon image, mais, je tricherai sans doute un peu en y mettant des néons rouges car je n’oublierai jamais cette nuit terrifiante de l’année 1991.

 

Four Seasons Hotel Georges V

31 avenue Georges V 75008 Paris

01 49 52 70 00

  

Message destiné à Adrien, Jacques ou François : Je n’ai jamais cru ni à votre collection de timbres, ni à votre souterrain et encore moins à votre sombre histoire de meutre…

 image : http://www.lumieres-du-monde.com/

Posté par WINEinPARIS à 17:04 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Quelle belle plume , quelle chance d' avoir pu visiter cette cave et d avoir pu entendre quelques anecdotes .
    J ai aperçu Éric briffard au diner de l Asp .
    Tout a coup j ai envie de retourner au Georges V , Grace a toi .
    Bonnes dégustations et au plaisir de lire d' autres articles !!
    *** Nicolas de Paris ***

    Posté par Nicolasdeparis, 16 octobre 2011 à 23:21
  • La classe!! La cave du GeorgeV un truc que j'aimerais bien faire suivis d'une dégust bien sur!!! Ya combien de bouteilles au GV?

    Posté par vinblog, 17 octobre 2011 à 17:39
  • souterrain

    Punaise ! On me l'a déjà faite celle du souterrain. Fait gaffe, on sait jamais, sur un malentendu...

    Posté par Vicky Wine, 03 novembre 2011 à 23:50

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