16 octobre 2011
Une peur noire du noir
Année 1991, une froide nuit d’hiver à la campagne. On entend simplement le méthodique et régulier tintement des aiguilles de la grande horloge du salon. Les parents sont partis… Et, seuls, nous nous livrons à un cache-cache vespéral, qui déjà maintient sous tension nos esprits enfantins.
Je suis le chat. J’ai la trouille. Je n’aime pas être le chat. Je crois entendre du bruit là, en bas, dans la cave. Tapie contre le mur, dans cette obscurité dense et écrasante, je descends une à une les grandes marches glissantes et aiguisées. Plus, je me rapproche de cette sombre humidité, plus l’allure des battements de mon cœur s’accélère. Puis, un cri ! Quelque chose ou bien quelqu’un fond sur moi en un quart de seconde et mon sang ne fait qu’un tour ! Je suis figée. Terrorisée à vie par une mauvaise blague d’un cousin taquin.
A cette instant précis, je n’ai qu’une certitude : il n’est pas encore né celui qui me fera descendre de nouveau au fond d’une cave. Et pourtant ! Il y en a qui ont essayé... Adrien le premier, affirmant détenir une incroyable collection de timbres sous scellés (centres d’intérêt divergents manifestement). Jacques ensuite, prétextant avoir découvert un souterrain historique (envie évidente de s’essayer à l’art du pelotage nocture…). François, qui avait avoué, la tête sur l’oreiller avoir caché un corps encore chaud dans un coffre en bois (Psychopathe avéré… surtout, fuir !)
Bref, les caves avaient été rayées de ma sphère, bannies de mon monde jusqu’à ce fameux jour de septembre…
Il faut dire qu’il y a des caves qui dégagent une tout autre aura, des caves si chargées d’émotions, que malgré la fraicheur ambiante, le rouge vous monte aux joues. Alors oui, ce jour-là, j’ai réussi à surmonter cette peur noire du noir.
Tout a commencé par une invitation. Cette fois-ci, on ne me promettait pas un cadavre décrépi ni un souterrain de la 1ère guerre mondiale… mais bien un véritable trésor de rareté. C’est ainsi que, vaillante et décidée, j’ai fait mes premiers pas dans la cave du George V.
Après avoir traversé un dédale de couloirs, frôlé de prêt les amuse-bouches concoctés par Eric Briffard et d’ailleurs, avoir frôlé Eric Briffard lui même - « Bonjour Chef » murmure-t-elle des étoiles dans les yeux –, nous arrivons enfin.
C’est féerique. Des milliers de bouteilles fières et muettes, vous font face avec grâce. Est-ce ce mur de Pétrus, ces caisses de Salon ou encore ses étagères de Chevalier-Montrachet ? Je crois que je ne sais plus vraiment où j’habite ! Heureusement, les deux fous du vins qui m’accompagnent, figures de réalité, me rappellent que nous ne sommes pas dans un rêve.
C’est alors que celui qui a façonné cet endroit entre scène. Eric Beaumard, jovial et souriant, nous accueille sur ses terres. Il nous raconte sa cave, ses vins, ses anecdotes et nous, comme des enfants, nous écoutons avec un petit sourire niais collé sur le visage. Chacun sa star me direz-vous ! Il y en a bien qui font la queue pour apercevoir Madonna devant son hôtel, nous, c’est ce sommelier hors du commun qui nous subjugue.
Le cordon des bulles d’un Champagne que je ne connaissais pas se tortille dans mon verre, comme s’il était aussi émoustillé que moi. J’en avale une gorgée pour palper de nouveau la réalité. Finalement, je m’aperçois que j’ai bien plus peur de sortir une énorme ânerie, que ma langue ne fourche ou d’avoir un bout da salade coincé entre les dents, que de cette obscurité qui m’enrobe.
J’essaye de vivre cet instant à 1000% et concentrée, j’écoute cet apatride du vin qui n’appartient à aucun vignoble. Je comprends qu’en fin de compte, sa patrie à lui, c’est sa cave. Soudain, je n’ai plus peur du noir. Tout s'éclaire! Moi aussi je suis une apatride du vin, je n'ai pas de passé, pas d'attaches... Il ne me reste qu’à construire ma patrie à moi, une cave qui sera à mon image, mais, je tricherai sans doute un peu en y mettant des néons rouges car je n’oublierai jamais cette nuit terrifiante de l’année 1991.
Four Seasons Hotel Georges V
31 avenue Georges V 75008 Paris
01 49 52 70 00
Message destiné à Adrien, Jacques ou François : Je n’ai jamais cru ni à votre collection de timbres, ni à votre souterrain et encore moins à votre sombre histoire de meutre…
image : http://www.lumieres-du-monde.com/
26 septembre 2011
Vins et Petites Contrariétés #3
« Ne m’en veux pas pour hier. Simplement, je crois qu’au fond de moi, je suis encore amoureuse d’Etienne » [ Envoyer] [ OK ]
ME*** ! Non ! Qui a le droit d’être aussi gourde ! Comment ais-je pu envoyer ce SMS à…. Etienne !
Humiliation, mortification, disgrâce! Peu à peu s’écrit dans ma tête un métaphorique script qui met en scène ma pauvre personne creusant à coup de pelle sa propre tombe.
De toute évidence, un simple verre de vin ne suffira pas à effacer une telle atteinte à l’amour propre. Il me faut quelque chose de fort, d’envoûtant, de réparateur. Mais pour autant, j’ai besoin de fruit, de chaleur, de talent. Qui pourrait m’offrir un tel moment de rédemption ?
Penchons pour un Rhum… mais pas n’importe lequel. Celui élaboré par Gianni Capovilla, maître incontesté de la distillation. Un Rhum agricole riche, généreux, fruité et légèrement épicé… Du bout de la langue, promenez une goutte sur les parois de votre bouche, ça y est, vous êtes prêts pour la première gorgée. Comme par magie, que tout devienne indolore avec ce nectar incolore.
Rhum Rhum - PMG
La Maison du Whisky
Carrefour de l’Odéon – 75006 Paris
15 septembre 2011
Une odeur surnaturelle
Un livre d’odeurs ! En voilà une idée bien sentie. Car, s’il existe des livres de mots et des livres d’images, qu’en est-il des livres d’odeurs ?
Si j’étais écrivain de senteurs, je consacrerais sans doute un chapitre aux odeurs que j’aime. Le café fumant du petit matin, le gâteau au chocolat frémissant dans le four, l’effluve dégagée par les pages d’un livre vieilli. J’envisagerais sans hésiter un chapitre sur les odeurs de peau, la peau tout juste dorée par le soleil, la peau des bébés, la peau de l’être aimé. Il y aurait certainement aussi une poignée de pages sur les odeurs qui empestent, la fosse à purin, l’usine à sucre… entre autres choses.
Cependant, une récente expérience me fait dire qu’il faudrait également dédier quelques paragraphes aux odeurs surnaturelles.
Cela remonte à jeudi soir dernier. Tout commence par une curiosité, celle de découvrir le nouveau bar à vin parisien, revu et corrigé à la manière d’un bar à cocktail*. Ambiance tamisée, cosy, trendy. New Yorkais, mais pas trop. Juste ce qu’il faut pour qu’on ait envie de revenir.
Accoudée au bar, je converse activement avec ma piquante blonde platine, lorsqu’un type chevelu s’avance vers nous. Plus la distance qui nous sépare s’aménuise, moins je sais si l’odeur que je perçois se rapproche de celle d’un déododorant périmé ou bien d’une laque avariée. Certes, tout le monde ne peut pas prétendre être Jean Baptiste Grenouille**, mais dans notre cas, nul besoin d’être doté d’un talent hors du commun pour ressentir un léger picotement à la racine du nez.
Bien campées sur notre tabouret, nous affichons une feinte timidité pour que l’envie lui passe de nous faire la conversation. Proche comme il est, les senteurs infectes deviennent d’une évidence grossière et je cherche coûte que coûte une échappatoire. C’est tout trouvé ! Je plonge mon nez dans le verre de Puligny-Montrachet du Domaine Louis Carillon que je faisais tournoyer quelques minutes auparavant et… enfin, me voilà sauvée ! Le vin s’est ouvert pour laisser libre cours à l’imagination de ses arômes. Du fruit, des fleurs et un fin boisé. C’est pur, c’est rond et gras avec toujours, un joli support acide.
A nous voir omnubilées par le liquide jaune brillant, le type chevelu s’enfuit. Je regarde mon amie avec un petit sourire en coin. Je crois bien qu’on se comprend… « Tu savais toi, qu’il y avait une date de péremption sur le déo ? »
Mauvaises, nous sommes mauvaises. Pour noyer notre méchanceté, un autre verre s’impose. A vue de nez, la sélection fait plutôt rêver, accessible pour les petits budgets, flamboyante pour les gros, avec quelques pointures qui font tressaillir, comme Dagueneau, Coche-Dury et que sais-je encore…
Je m’apprête à faire mon choix, mais c’est alors que je crois flancher…. Un parfum, enivrant, séduisant…. Une déclaration, un délice ! Je me retourne et je vois ce jeune homme qui n’est pas vraiment beau mais qui dégage quelque chose d’indicible. Cette fois-ci c’est totalement surnaturel… Passer d’un hirsute nauséabond à un appolon parfumé….
[Quelques secondes de silence]
Au fait, je vous ai parlé de mon chapitre sur l’odeur de l’homme-vraiment-très-sexy ?
La Compagnie des Vins Surnaturels
7 rue Lobineau 75006 Paris - 09 54 90 20 20
*La Compagnie des Vins Surnaturels est un projet à l’initiative des propriétaires de l’Expérimental (lire ici), du Prescription (lire ici) et du Curio Parlor
** Jean-Baptiste Grenouille est le héros (anti-héros ?) du livre Le Parfum de Patrick Süskind
11 septembre 2011
Vins et Petites Contrariétés #2
Péniblement, j’ouvre un œil… Quelle est cette douce torpeur dans laquelle je me suis évanouie ? Je m’extirpe avec regret de mon transat en tissu et, encore abrutie par le soleil, j’entre dans la maison pour me jeter sous une douche salvatrice. Mais, mon T-shirt à peine ôté, je réalise…
Auriez-vous pensé que le soleil de septembre pouvait être aussi barbare ? Et bien si. La marque en forme de V d’un rouge vif et éclatant, cette vile brûlure sur mon décolleté, en est la preuve. Le résultat est affreux, et, pour couronner le tout, j’ai prévu une magnifique robe bustier pour le mariage du week-end prochain. Voilà qui promet d’être haut en couleur !
Alors, oui, je suis rosée. Rosée et rôtie. Je fais donc concorder mon apparence rougie avec un vin aux pâles reflets saumonés. De délicats fruits rouges, une légère touche acidulée, une pointe de litchi et un très joli équilibre. De toute évidence, ce Coteaux d’Aix-en-Provence est un parfait remède, qui contrebalance avec sa fraicheur enivrante, mon obscène brûlure.
Château Pigoudet - Coteaux d'Aix-en-Provence
Comptoir des Vignes
8 rue Brochant – 75 017 Paris
05 septembre 2011
Vins et Petites Contrariétés #1
La vie de tous les jours est constellée de petites contrariétés, ces petits ennuis, bénins certes, mais qui n’en restent pas moins agaçants.
Pour faire face, retrouver une sensation de « zénitude », et éviter de bouillir dans leur for intérieur, certains fument 50 clopes dans la journée, d’autres avalent des tas des granules homéopathiques, des pilules aux plantes ou que sais-je encore (un petite lexomil ?) et il y a les derniers, ceux-là qui attendent sagement le soir pour oublier les légers tracas quotidiens autour d’un verre de vin.
Ce soir, c’est MON soir. J’ai un cavalier d’enfer et des chaussures du tonnerre. Seul un accessoire manque à ma tenue pour qu’elle soit diablement sexy. In extremis, je file au Monoprix acheter de jolis bas en dentelle qui donneront une allure galbée à ma gambette et rendront fou mon bel Apollon, si d’aventure sa main se met à effleurer ma cuisse…
Je me débarrasse de la petite enveloppe de plastique et… Stupeur ! Je me retrouve nez à nez avec une paire de mi-bas de ménagère. Achat trop rapide ? Acte manqué ? Néanmoins, une foutue erreur qui me vaudra d’exhiber un mollet nu comme un vers aux invités de cette soirée branchée.
Dépitée, dans un soupir je murmure… « Adieu jambes enchanteresses ! »
Demain, il faudra oublier cette médiocre apparition, prendre de la hauteur et retrouver son capital séduction. Rien de tel qu’une bulle fine et onctueuse pour l’attitude ensorceleuse, une délicate vinosité pour un jeu de jambe chaloupé, une belle élégance et une finesse étonnante pour un port de tête affirmé. Cette soirée-là sera Extra. Aussi Extra Dry que la cuvée Brut Majeur de la maison Ayala et son minime dosage, pour une palpable sensation de plénitude.
Ayala Brut Majeur

Foire aux Vins MONOPRIX
Vendredi 9 septembre : 2 bouteilles achetées = 1 offerte.
Cela vous laissera un petit pécule pour investir dans des bas… mais des vrais cette fois !
07 août 2011
L’huître et la chocolatine
L’écervelée et la gourmande, l’objet du désir d’un week-end du 14 juillet pluvieux.
La gourmande, goulue et affamée, s’entortille chaudement autour d’un bâtonnet de chocolat. Elle le camoufle jalousement d’un feuilleté jaune doré pour empêcher quiconque d’approcher son précieux butin. L’écervelé, tête en l’air, ne pense à rien. Elle a beau prendre un air salin pour vous narguer, iodée comme elle est, il en faudra plus pour vous tromper.
Mais nous ne sommes pas nées de la dernière pluie ! A d’autres mesdames ! Entre les pins du Ferret, nous finirons bien par vous trouver…
Pourtant habilement, elles cherchent à nous semer. D’abord dans le brouhaha populaire d’un marché d’été, autour d’un verre de Gris blanc de chez Gérard Bertrand. Accoudées au comptoir, nous trempons nos lèvres dans ce vin surprenant à la robe si pâle qu’il est pénible à croire qu’il s agit bien là d’un rosé. Accompagné de quelques tapas grignotées sur le pouce, le ballon de ce pur Grenache Blanc, aussi gris que les cumulus qui nous surplombent se laisse boire sans trop de difficultés. "Hep garçon! La même chose s’il vous plait!"
On en viendrait presque à perdre le cap et abandonner la poursuite de nos deux fugitives. Et ce qui devait arriver arriva... Le serveur était mignon, la tête nous tourne, et on oublie.
Dépitées de s’être fait si facilement flouées, nous sommes bien décidées à ne pas les laisser s’échapper une seconde fois. Mais pas question de lésiner sur la soirée. La côtelette d’agneau craque divinement sous la dent, et le Domaine de Chevalier, animal, puissant et fruité en bon Pessac-Léognan, affiche son millésime caniculaire pour réchauffer délicatement. Des ailes nous poussent et, malgré le vent et la pluie, l’envie de sortir se fait sentir. Ce sera donc, immanquablement, un détour par le Sail Fish, car il faut tester les endroits prisés de la pointe au moins une fois dans la saison. Qui sait, si ça avait changé ? Adossées au bar, on observe, on rit et on boit quelques bulles qui nous montent joyeusement à la tête. Et ce qui devait arriver arriva... Le serveur était mignon, la tête nous tourne, et on oublie.
Assez! Je finirais par croire que ce sont nous, les gourmandes écervelées! Elles devraient pourtant être faciles à débusquer ces deux malines… Pour la dernière fois, le plan est tout tracé. Un petit déjeuner matinal chez Frédélian, et voilà que la gourmande chocolatine est attrapée, tiède et croquante à la fois. Un apéritif chez Degrave, les pieds quasi dans l'eau, et voici que l’huitre écervelée est avalée, fraiche et charnue, une perle comme on aime.
Pour savourer les délicieux crustacés, nous buvons à petites gorgées le Château Graville-Lacoste, un Graves blanc savamment vinifié par Hervé Dubourdieu. Un premier verre pour fêter notre victoire, un autre pour effacer les nuages qui planent au dessus de notre tête... Le désir est enfin assouvi mais la pluie n’a pas faibli. Le serveur est il mignon? Je ne sais pas, je suis écervelée et gourmande, la tête me tourne et puis j oublie.
Note pour mes deux compagnes de chasse : vous êtes sans aucun doute gourmandes… mais loin d’être écervelées !
24 juillet 2011
Chatte au brillant
Il est des discussions qui sont exclusivement réservées aux soirées de filles. Premièrement, parce qu’elles n’intéressent aucunement les hommes et deuxièmement parce que, sur le fond, ils n’ont pas vraiment envie de savoir.
De nombreux sujets sont concernés, mais, sans aucun doute, celui sur notre « duvet » tant détesté en fait plus que partie. Epilation orientale, longue durée, douloureuse, définitive, à cire chaude ou froide, nous pouvons aisément débattre des heures durant sur l’(in)efficacité de la méthode employée. Une discussion de gynécée qui devrait rester éloignée des oreilles sensibles de ces messieurs.
Alors, nous faisons des efforts pour ne pas leur infliger de tels discours, mais malheureusement il est parfois si tentant de déraper. La preuve en est, dans cet épisode anecdotique, culinairement extraordinaire et pileusement intéressant…
Tout commence par le retour de l’ami prodigue, fraichement arrivé du Canada. Ce dernier, en mal de french cuisine, rêve plus que jamais de redécouvrir la gastronomie de son pays natal. Alors, en amies bien intentionnées, ces deux favorites choisissent l’endroit parfait pour de gouteuses retrouvailles.
Ce soir, c’est un basque qui va nous faire vibrer car, depuis bien longtemps, nous fantasmons sur l’inventivité exquise d’Inaki Aizpitarte. Victimes de son succès et de notre désorganisation, nous ne pourrons nous asseoir qu’au deuxième service. Qu’importe, c’est l’occasion idéale pour siroter un apéritif au bar, quelque chose de frais et d’étonnant. Pour nous, ce sera le Sauvignon Blanc de Touraine « Chez Charles » de la vigneronne Noella Morantin, un vin nature à l’impressionnant goût de pomme et à la jolie minéralité.
Pendant que les tables se libèrent, nous nous imprégnons de l’endroit, de ce bistrot authentique et sans artifice. Un homme se lève, le sourire béat et nous regarde, amusé de notre impatience. « Cela vaut le coup d’attendre » nous glisse-t-il en s’enfuyant.
La table enfin dressée, le défilé peut commencer. A chaque plat, c’est avec les yeux brillants que nous écoutons la description du serveur qui s’installe nonchalamment à nos côtés. Un jus de ceviche et sa framboise, une noix d’agneau d’une texture inimitable, des assemblages stupéfiants entre navets et fois gras puis encornets et aubergines accompagnés de leurs verdures marines et terrestres… Un exercice de style à chaque bouchée !
La verdure justement, parlons-en. Lorsque le lotillon arrive, fier et tendre dans son émulsion de moule, nous trépignons. Attentifs, nous écoutons la serveuse qui nous dévoile alors un secret… « La petite herbe que vous voyez là est apparentée au fenouil, mais en réalité… je peux vous le dire à vous… on l’appelle… le poil de chatte ! »
La sentence est tombée. « LE POIL DE CHATTE ». Elle étaye son discours en nous expliquant que cela est dû à l’apparence de la dite herbe. Le canadien devient blanc comme le lotillon, ma compère pique du nez dans son assiette pour s’assurer de la véracité de l’exposé. En effet, en y regardant bien… Inivétablement, cela déclenche quelques commentaires appétissants et bien sentis sur la pilosité de la région pubienne. Fort heureusement pour le seul homme de la tablée qui se tortille sur son siège, nous recentrons très vite le débat sur les merveilleuses chips de citron qui relèvent avec brio le bœuf sauce thaï qui vient d’arriver sans nos assiettes.
Notre bouteille de Côtes du Roussillon est déjà finie. Certes très gourmande et fruitée, à l’agréable goût de rouge à lèvres, elle manque légèrement de finesse pour la hauteur des plats qu’elle accompagne. Nous décidons donc de déguster un étonnant vin de table italien, d’une couleur légèrement cuivrée et aux senteurs d’épices et de cumin. Un mariage parfait avec la magnifique assiette de fromages puis les créatifs desserts qui viennent clore notre festin.
Repus et heureux, nous nous accordons facilement pour établir notre conclusion : si les femmes viennent de Vénus (Gillette l’a bien compris), Inaki lui vient de la plus savoureuse des planètes. Maintenant, à nous les femmes d’avoir une chatte au brillant !
Le Châteaubriand
129 Avenue Parmentier – 75011 Paris
01 43 57 45 95
19 juillet 2011
Tu veux ma photo?
On rêve tous d’avoir un ami photographe, comme on rêve toutes d’avoir une copine qui bosse chez Vuitton (pour les ventes privées) ou un amoureux pilote d’avion (parce que c’est très sexy). C’est ainsi. On n’y peut rien.
Mais le photographe a un talent tout particulier auquel on ne pense jamais assez. Il sait « sublimer ». Même si vous avez l’habitude d’être affreuse sur tous les clichés, lui réussit toujours à faire quelque chose de votre sourire figé ou de votre moue crispée. Ok, cela peut être parfois un peu conceptuel (des fondus, des flous, des collages) et peu ressemblant (l’astuce justement ?), mais cela donne l’illusion que oui, pour une fois, votre frimousse est plutôt à son avantage et le rendu est enfin flatteur.
Cependant, il peut arriver que votre ami photographe, s’il n’est pas ascétique, vous demande de lui organiser un diner qui réponde à son objectif « plaisir », sous un angle de vue « à la parisienne ». Dans ce cas, il semble judicieux de le diriger vers Le Vieux Comptoir, à deux pas de la place du Châtelet.
Crédit photo : Guillaume Alexande F
The whole picture ? Un beau bistrot parisien, où les grandes ardoises manuscrites se dressent le long des murs, les caisses de vin s’empilent sur le sol et les fourchettes crissent dans les assiettes. Dans ce brouhaha heureux, où l’on vous sert le sourire aux lèvres, nous commençons en douceur avec un verre de Chorey-les-Beaune de chez Arnoux, un authentique Pinot Noir, simple et délicat.
Et pour la suite ? La carte des vins est affreusement tentante et le menu est si am, stram, gram que l’on ne sait que choisir. Après avoir joué brillamment le dernier acte d’une tragédie cornélienne, je jette mon dévolu sur une mozzarella Buffala à tomber, onctueuse et dodue, servie avec une nuée de tomates cerises. Je ne peux non plus résister à la côte de veau de lait, adorable, accompagnée de sa poellée de girolles et de sa purée maison. Un délice !
Pas d’inquiétude à avoir cependant. Ici, on reviendrait plutôt treize fois qu’une pour tout goûter. Treize ? Pour la superstition ? Pour la BD ? Pour le trèfle? Et bien non, treize pour les treize cépages de l’appellation Châteauneuf-du-Pape que nous décidons de (re)découvrir. L’initiation commence par une bouteille du Clos de l’Oratoire des Papes : l’étiquette est belle, (primordial pour un photographe) et la maison connue et reconnue. On y retrouve la folie d’un assemblage explosif, le fruit, les épices et l’élégance d’un grand vin du Rhône. La prochaine fois, on goûtera celui d’un petit vigneron pour continuer notre éducation.
Les minutes coulent, la bouteille est aride et nous sommes seuls à piailler dans la salle désormais paisible. S’il faut partir, cela n’est pas une raison pour s’arrêter là. Un dernier verre s’impose. Mon sens de l’orientation défectueux ne nous mène pas à l’endroit initialement visé, et, perdus dans les dédales des rues parisiennes, nous atterrissons finalement au Fumoir. Comme quoi, le hasard fait parfois bien les choses, voilà un repère de choix pour un dernier cocktail !
Le photographe s’éclipse un instant et je me retrouve seule sur mon tabouret haut à scruter la carte, quand j’entends : « Un dernier métro pour la demoiselle … ». La voix douteuse, perfide ou avinée, je ne saurais trop dire, me glace le sang. Sur mes gardes, j’imagine instinctivement une proposition malhonnête. Je prends alors un air dédaigneux (ou du moins j’essaye) pour regarder avec insistance celui qui m'apostrophe : « Tu veux ma photo ? ». A son regard interloqué, je comprends que j’ai mal interprété son propos. Lorsque le serveur dépose devant mes yeux étonnés un joli cocktail rouge framboise et annonce avec un rictus amusé : « votre Dernier Métro mademoiselle », je suis littéralement mortifiée !
Heureusement, j’ai un ami photographe qui a toujours le bon réflexe, et déclenche son flash pour immortaliser de son objectif cette minute d’intense humiliation. Lui, il l’a maintenant la photo…
Le Vieux Comptoir
17 rue des Lavandières Sainte-Opportune – 75 001 Paris
01 45 08 53 08
Le Fumoir
6 rue de l'Amiral Coligny – 75 001 Paris
01 42 92 00 24
Et le fameux photographe??
http://cargocollective.com/guillaume-alexandre-f
04 juillet 2011
Celles qui avaient peur de ne pas avoir de table…
Une discussion animée, le niveau d’une bouteille de vin blanc qui descend à vive allure et de grands éclats de rire… Autrement dit, un vendredi soir qui commence fort.
Je crois qu’il a fallu que l’on manque d’éborgner le serveur, à force de parler avec de grands gestes exaltés, pour réaliser que le temps courrait et que notre ventre commençait à nous en vouloir terriblement de le délaisser ainsi. Il faut se rendre à l’évidence, quand le geste dépasse la parole, il est grand temps de s’arrêter. Entre deux pouffements d’adolescentes et de « conventionnelles » excuses, nous réglons le pauvre garçon apeuré et filons chercher de quoi nous restaurer.
Une petite complication se présente tout de même à nous : vendredi, dix heures du soir, en plein Saint Germain, il nous faut trouver un restaurant, sympathique évidemment, qui daigne bien nous accueillir. Peut être moins délicat pour certains de résoudre ce problème que pour d’autres monter des meubles Ikéa, mais la tâche n’en paraît pas moins ardue.
Je ne saurais dire si cela est dû à cette douce ivreté ou simplement à l’un de mes nombreux raisonnements saugrenus, mais je crois soudainement avoir une idée lumineuse. Et si, pour se trouver une niche dans un petit resto, il suffisait simplement se transformer en appât ?
Le plus naturellement du monde, je décroche mon téléphone et pianote le numéro d’un bistrot connu dans le coin. Je sens à l’autre bout du fil que mon interlocuteur hésite à répondre favorablement à ma demande « Juste une petite table pour deux… et… et… en plus on est plutôt pas trop moches !». Trop tard ! C’est lancé. Mon amie éclate de rire, et moi je reste littéralement interloquée d’avoir osé dire une ânerie pareille. Il n’empêche, il a accepté !
Alors, la porte de la Boucherie Roulière à peine franchie, je crois que c’est à nos mines mi-enjouées, mi-penaudes qu’il nous reconnaît immédiatement et lâche un : « Alors comme ça, c’est vous les bombes ? »
Cela tombe bien, c’est la saison des pivoines car je crois que nous en prenons instantanément la couleur avant de pouffer à nouveau. Heureusement pour nous, il y a une ambiance à tout péter et notre entrée se veut presque discrète. En plus, Franck sait recevoir. Ainsi, à peine installées, nous dégustons une coupe de champagne pour nous rafraîchir un peu les idées.
Autant d’émotions nous ont affamées. Vous pouvez donc imaginer mon bonheur lorsqu’arrive une magnifique entrecôte et son os à moelle abyssal. Que demander d’autre qu’un bon Bordeaux pour accompagner une telle assiette ? D’autant plus qu’ici, ils ont toujours de bonnes idées en matière de Bordeaux, classiques certes mais pas moins excellentes. On se rappelle volontiers du Château La Garde 2000 qui rôdait sur leurs étagères il y a quelques temps déjà. Aujourd’hui, c’est un Château Bernadotte 2001 que nous dégustons. La densité de ce Cru Bourgeois du Médoc, son fruit et sa structure répondent à merveille au charnu de la viande que nous dégustons. Je jongle entre le gros sel, ma moelle et mon verre avec une intense satisfaction pendant que nous continuons à raconter toutes sortes d’histoires désuètes.
L’entrecôte engloutie, le Bordeaux joyeusement dégusté, nous nous félicitons : il faut parfois savoir se survendre un peu pour obtenir gain de cause. La soirée étant déjà bien entamée, nous déclinons aimablement la proposition de digestif car il ne faudrait tout de même pas que cela nous Pousse au Crime...
Boucherie Roulière
24 Rue Canettes 75006 Paris - 01 43 26 25 70
Pousse au Crime
15 rue Guisarde 75006 Paris
26 juin 2011
Blanche Neige et...
« Un jour mon prince viendra … ». C’est bien joli les contes pour enfants, mais en attendant, le dit prince charmant n’a toujours pas pointé le bout de son nez. Encore un qui sait se faire attendre. Espérons simplement qu’il aura la jugeotte de se faire connaître avant 2028 pour m’épargner des années à m’empiffrer de pommes Pink Lady en priant pour que l’une d’entre elles soit enfin empoisonnée (E-coli??)
Pourquoi des pommes empoisonnées? Quel lien incongru avec le prince ? C’est pourtant simple, on me dit souvent que je ressemble à Blanche Neige : les cheveux noirs ébène (ok, plutôt châtains foncés), la peau blanche comme la neige (exception faite de quelques tâches de rousseur parsemées) et les lèvres rouges comme le sang (j’ai un excellent rouge Chanel à vous conseiller). Alors je rêve un peu… Non pas d’une robe jaune et bleue aux manches ballon, trop démodée, ni des sept nains qui ronchonnent, éternuent et donnent des leçons ; mais plutôt d’un Prince Charmant qui viendrait me chercher sur son grand étalon blanc.
Peut-être l’as-tu déjà croisé, me susurre-t-on. Ne serait-il pas Christian de Portzamparc ou bien Pierre Lurton sur leur grand Cheval Blanc? L’un le magnifie en bâtissant un chai d’un modernisme époustouflant tandis que l’autre le sublime par son inimitable talent d’œnologue. D’autant plus que ces deux-là ont tout compris. Si le premier rend hommage aux femmes en dessinant un bâtiment aux courbes majestueuses et des cuves prenant la forme d’une gracieuse chute de reins, le second, lui, nous enivre de son discours dans lequel il explique avec humilité le parallèle entre ce grand vin et la haute couture, où les finitions sont habilement cousues à la main.
Un chai comme celui-ci, audacieux et sobre, à l’image de son château, on le bichonne, on l’inaugure, on le présente avec emphase. Ainsi, une coupe de Dom Pérignon 2002 à la main, fin, aromatique et légèrement toasté, on admire du haut du toit une vue imprenable sur le plateau de Saint-Emlion - Pomerol, où se répondent avec élégance, les plus grands crus de la région.
Le soleil chauffe, la faim se fait sentir et la Blanche Neige qui sommeille en moi rêve de se mettre quelque chose sous la dent. Et que pourrait-on imaginer de plus délicieux qu’une côte de bœuf au gros sel et un verre de Cheval Blanc 2000, le premier grand millésime de ce siècle. Rien de plus merveilleux que de déguster un vin sur ses terres, on y retrouve toute la délicatesse, la texture intense et le fruit opulent provenant du sol que l’on foule.
Bien que très concentrée sur chacune des gorgées que j'absorbe, je vois Pierre Lurton passer au loin, et telle une groupie, je m’empresse. Comment attirer son attention ? Un grand sourire ? Feindre l’évanouissement ? Restons classique, et présentons-nous simplement. Gagné ! Prénom joliment écorché, compliment galamment prononcé, je repars joyeuse comme une gamine qui serrerait fort entre ses doigts l’autographe de Leonardo Di Caprio.
De retour à Paris, je réalise que le conte de fée a pris fin, que ces chais renversants et ces vins à tomber n’ont pas fait avancer ma quête du prince charmant. Mais alors, faut-il arrêter d’y croire ? Loin des féeriques vignes girondines, je me dis qu’ici aussi, on peut continuer à rêver d’architecture, de vin et de prince charmant. Un petit tour dans les galeries design parisiennes et des expériences vineuses intrigantes. On boude les grands crus et on essaye des vins nature bordelais… L’Homme Cheval vous connaissez ? Il y a un peu d’homme (charmant ?) et de cheval (blanc ?).
Mais en attendant, je ferme les yeux, je croque dans la lisse pomme rouge pour que recommence ce songe trop vite envolé et que vienne m’emporter mon prince au Cheval Blanc.













